5 - Rubrique Point de vue : Faillites ?

Kuntz Gérard
La faillite des géants américains ENRON et WORLDCOM (et de quelques autres) vient de prouver que l'impensable est possible : même les plus grandes entreprises peuvent mentir sur l'état de leurs finances. La sophistication des techniques financières et la complexité des règles comptables leur permettent de jongler avec les chiffres. Les pratiques et l'indépendance des professionnels sont mises en causes : dirigeants, auditeurs, analystes, agences de notations, banquiers et avocats d'affaires ont participé au succès des montages financiers imaginés par ENRON. Si les fraudes sont avérées, l'aveuglement général l'est aussi et c'est le plus inquiétant. Par cupidité ou laxisme, personne ne semble avoir cherché à signaler les risques encourus (Ceux, très rares qui l'avaient fait ont été accusés de pessimisme et donc disqualifiés par les médias qui avaient fait le silence autour d'eux...) Car avant l'effondrement final, tout le monde y trouvait son compte. En particulier, les fonds de pension avec leurs exigences de rendement à deux ou trois chiffres (aberrants dans l'économie réelle) qui semblaient connaître une ascension sans limite. La perte de confiance, vertigineuse, entraîne dans son sillage des entreprises qui n'ont pas sacrifié aux manipulations frauduleuses. La chute du prestigieux cabinet Andersen (qui contrôlait et certifiait les comptes) est confirmée. Les actionnaires crédules sont ruinés. D'importantes remises en ordre sont indispensables pour sortir d'un système virtuel, purement financier, poussé à l'extrême. Le système éducatif a lui aussi tendance à masquer la réalité, à jouer avec les statistiques. Les exigences de réussite, de l'Institution et des familles, conduisent les experts certificateurs à un certain laxisme pour atteindre les chiffres attendus... La presse ne classe-t-elle pas les lycées et les universités en fonction du taux de réussite aux examens ? Comment ne pas être tenté de grimper dans la hiérarchie par quelques judicieux coups de pouce ? C'est d'autant plus facile que ceux qui enseignent sont aussi ceux qui évaluent. Il suffit, pour améliorer certains chiffres, de restreindre les exigences, de proposer des sujets standard, de manipuler les barèmes. Tout le monde y gagne. Provisoirement. Les fracassantes faillites d'entreprises qui se succèdent devraient faire réfléchir les acteurs du système éducatif. Est-il vraiment à l'abri de la perte de confiance et de la faillite ?

Auteur(s) :

Kuntz Gérard

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Publié le 21 décembre 2023
Mis à jour le 21 décembre 2023